9 mai 2010: vers une Europe plus solidaire ?
Par Audrey Plaza et Perrine Recours.
Impossible de les rater: les ballons géants
représentant les droits fondamentaux attiraient l'œil du visiteur égaré sur la
Schwarzenbergplatz. Pour la première fois à Vienne, la Journée de l'Europe a
été organisée conjointement par trois organisations: l'Agence de l'Union Européenne pour les droits fondamentaux (Fundamental Rights Agency - FRA), la bureau du Parlement
Européen en Autriche et la représentation de la Commission Européenne à Vienne.
Une occasion de placer la Journée de l'Europe sous le signe de la lutte pour les droits fondamentaux et d'informer et sensibiliser le public à ces droits.« Hyvää päivää ! » Les visiteurs ont eu l'opportunité de s'initier à une dizaine de langues de l'Union, des plus répandues (espagnol, français) aux plus exotiques (letton, finnois). D'autres pouvaient tenter leur « euro-chance » avec une roue européenne de la fortune. Les participants pouvaient y gagner des cadeaux tels que les euro-pâtes (qui malgré leur nom sont « made in Austria »!) Enfin, de nombreuses affiches sur les notions de démocratie et de respect des droits humains, ainsi que des activités sur les différentes formes de discrimination, ont été mises à disposition des visiteurs. Ces informations ont le mérite de rappeler le visage multiple de la discrimination qui peut être basée sur le genre, l’origine ethnique, les convictions religieuses, l’âge, l’orientation sexuelle, ainsi que le handicap mental ou physique.
L'ambiance festive ne doit toutefois pas
faire oublier le thème principal de l'évènement, les droits fondamentaux, ainsi
que l'origine de la Journée de l'Europe. En
juin 1985, le Conseil Européen réuni à Milan décida de faire du 9 mai la
Journée de l'Europe en hommage au discours de Robert Schuman le 9 mai 1950, qui
posait les bases de la construction européenne. « L'Europe se fera par des réalisations
concrètes créant d'abord une solidarité de fait », déclara-t-il entre autres.
Soixante ans plus tard, ce sont en effet des projets concrets effectués sous le
signe de la solidarité qui contribuent à faire progresser l'idée européenne. La solidarité est d'ailleurs l’une des bases du respect des droits humains. Pourtant, c'est seulement le 15 février 2007 qu'a été créée l’Agence de l'Union Européenne pour les droits fondamentaux, en remplacement de l'Observatoire européen des phénomènes racistes et xénophobes. En 2008, le Conseil européen a fixé les neuf thématiques prioritaires de la FRA. Blanca Tapia, responsable de la communication à la FRA, rappelle que parmi ces thèmes se trouvent par exemple les droits et la protection des enfants, l’asile et l’intégration des personnes migrantes, ainsi que la société de l’information, qui inclut le respect de la vie privée et la protection des données personnelles.
Le travail de la FRA est d'autant plus important que certains des groupes les plus vulnérables de la société ne sont pas forcément conscients d'avoir des droits fondamentaux. Les Rroms par exemple, en tant que victimes de discrimination, ressentent souvent leur exclusion comme une fatalité. Cette situation constitue une entrave à l’accès des Rroms au logement, à l’éducation, aux soins de santé et à l’emploi. C’est pourquoi la FRA insiste sur l'importance de les voir participer à l’élaboration des politiques. Lors de la journée internationale des Rroms organisée à Cordoue le 7 avril dernier, Morten Kjaerum, directeur de la FRA affirmait d'ailleurs: « À l’heure où les délits à caractère racial à l’encontre des Rroms atteignent des proportions inégalées, les autorités, aux plus hauts niveaux des États et de l’UE, doivent désormais s’élever contre l'antitsiganisme et faire figure d’exemple en matière de protection des droits de l’homme ».
Enfin, les pays de l'Union Européenne doivent prêter plus d'attention aux besoins des enfants isolés demandeurs d'asile. En 2009, près de 15.000 enfants originaires d'Afrique, d'Irak ou d'Afghanistan ont demandé l'asile dans plusieurs pays de l'UE, dont le Royaume-Uni. Ces enfants se trouvent parfois dans une situation ubuesque puisque chaque Etat membre exerce sa propre législation en la matière, pas toujours respectueuse des droits fondamentaux. Ces enfants se retrouvent souvent expulsés vers le premier pays membre de l'UE dans lequel ils sont arrivés.
Le chemin vers une Europe plus solidaire reste donc sinueux. Le respect des droits fondamentaux au sein de l'Union Européenne passe probablement par une politique commune en matière d'asile et de lutte contre les discriminations ainsi qu'un cadre législatif clair.
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